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 Petit article sur César Milan et ses méthodes

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Loulou Maniac
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MessageSujet: Petit article sur César Milan et ses méthodes   Mer 15 Oct 2014 - 23:47

Voici un petit regard sur ce que fait César Milan...

http://chienmatin.com/cesar-millan-avis-critique-scientifique-methode-theorie-du-chuchoteur/

Citation :
Un regard scientifique sur les méthodes controversées de Cesar Millan


Cesar Millan, génie de l’éducation canine ou tortionnaire de chiens ? La réputation de « l’homme qui parle aux chiens » est sulfureuse. Que valent vraiment ses théories et ses méthodes ?

Bourreau de chiens pour les uns, véritable figure de l’éducation canine pour les autres, Cesar Millan ne laisse personne indifférent. Les critiques positives ou négatives le concernant sont souvent virulentes mais pas toujours sérieusement argumentées sur le plan scientifique.

Le texte qui suit y remédie grandement. C’est une traduction libre d’un article original paru en anglais qui décortique les méthodes et théories de Cesar Millan et en les confrontant aux connaissances scientifiquement documentées sur le comportement canin.

L’auteur du texte original est indéterminé et sa publication a disparu du site sur lequel il avait été publié initialement. Mais le texte a été récupéré et republié ici par Yodogdast en anglais. Voici sa traduction en français :
Les ravages de l’homme qui parle aux chiens : une critique scientifique des théories et des techniques d’éducation canine de Cesar Millan.




Article trouvé ici, pas certain du nom de l’auteur. L’auteur m’a demandé de changer cette photo par autre chose de moins provocant, mais je ne peux pas m’y résoudre. Désolé. C’est la seule photo de lui avec un chien que je peux regarder. Merci pour l’article toutefois. Vous sauvez des vies (littéralement).

   Si le bien-être animal vous importe, lisez ceci.

Cela fait maintenant dix ans que j’éduque des chiens. Je trouve la théorie et les conseils éducatifs de Cesar Millan effarants. En tant que scientifique, il est évident que ses allégations factuelles et les conclusions qu’il en tire sont entièrement fausses. En tant qu’éducateur, je peux dire à quel point les chiens présentés dans son émission sont stressés et malheureux, pas guéris. C’est masqué par la rhétorique, la bande son et la voix off. Des dizaines de scientifiques, d’éducateurs et d’organisations s’intéressant à la science du comportement ont pris position contre ses théories. J’ai vu des chiens maltraités par des propriétaires qui ont écouté ses conseils aveuglément pensant bien faire. J’ai écrit cet article l’an dernier sous la forme d’un travail cumulatif pour une étude indépendante sur la cognition canine et la théorie éducative appliquée.

Lisez ceci. Même si vous n’avez pas de chien. Ensuite partagez ce texte. La seule manière d’aider tous ces gens mal informés et ces chiens maltraités est de faire connaitre la bonne information.

INTRODUCTION

Les théories sur la psychologie et l’éducation canine dérivées des sciences du comportement ont beaucoup progressé au cours des cinquante dernières années. Malheureusement, la source d’information préférée du public, The Dog Whisperer (L’homme qui parle aux chiens en français) prône une théorie en opposition directe avec ces avancées. Au cours des huit dernières années, Cesar Millan a mis en avant une théorie éducative violente fondée sur une fausse science, une logique fallacieuse et des principes incorrects. Décrit dans le New York Times comme « la ruine par un seul homme de 40 ans d’avancées dans la compréhension et le façonnage du comportement canin », Cesar Millan mélange une conception simpliste et inexacte des structures sociales canines avec un manque de connaissances scientifiques. Sa philosophie s’articule autour de deux théories principales ; que les canidés ont un besoin inné et invétéré de fonctionner selon la structure sociale d’une « meute de loups », et que les chiens ont besoin de vivre « comme ils le faisaient dans la nature », avant l’intervention humaine. Comme le concept de la théorie de la dominance est au cœur de la philosophie éducative de Cesar Millan, beaucoup d’autres aspects cruciaux de l’environnement et du psychisme des chiens qui devraient être pris en compte pour résoudre des problèmes comportementaux sont complètement ignorés. Du fait de la popularité des méthodes de l’homme qui parle aux chiens, beaucoup de chiens présentant des problèmes simples sont mal gérés et possiblement maltraités au nom de la « théorie de la meute ». Le pire est que toute cette situation pourrait être évitée simplement. Il suffit simplement d’un peu de recherche sur les vies sociales et psychosociales des canidés communs pour comprendre à quel point la théorie de Cesar Millan est erronée.

LE PARCOURS DE CESAR MILLAN

Cesar Millan reconnait ouvertement qu’il n’a pas de formation scientifique. Un immigrant mexicain qui n’a pas fait d’études supérieures et qui n’a aucune formation universitaire en biologie ou en psychologie. Sa formation se limite à une brève période pendant laquelle il a travaillé comme auxiliaire vétérinaire à Mazatlan quand il était adolescent et à une période d’auto-formation à partir de livres sur la psychologie canine à la mode dans les années 1980. Plutôt que de le considérer comme une lacune à combler, Cesar Millan revendique son manque de formation presque comme un atout. C’est une source de fierté pour lui : il affirme que son travail s’inspire d’une connaissance intuitive du « langage universel de l’énergie » des chiens, que selon lui les scientifiques instruits et la plupart des éducateurs ne semblent pas comprendre. Pour un profane l’argument peut s’avérer convaincant. Cependant, le manque de formation scientifique de Cesar Millan et l’absence de crédibilité scientifique pour soutenir ses croyances signifient que sa théorie s’appuie sur une combinaison de connaissances comportementales obsolètes mélangée à des vieilles croyances et des concepts pseudo-scientifiques.

La théorie de la « meute » de Cesar Millan est non seulement manifestement incorrecte en ce qui concerne les canidés domestiques, mais elle n’existe même pas non plus chez les « ancêtres loups » auxquels il se réfère. Il s’accroche à un idéal romantique selon lequel nous devons aider les chiens à retrouver leur « nature sauvage » et à leur offrir un mode de vie basé sur la vie qu’ils auraient vécu dans un monde sans intervention humaine. Cesar Millan ne tient pas compte du fait que les chiens n’ont pas pu évoluer pour devenir les animaux qu’ils sont aujourd’hui sans interactions avec les hommes. De ce fait il n’existe pas de « compromis qu’ils feraient naturellement dans un monde sans influence humaine ». Dans ses livres il énonce des affirmations qui sont notoirement fausses ; beaucoup de ces erreurs sont directement liées à sa compréhension insuffisante de la psychologie canine et du comportement canin, comme par exemple l’idée que « dans la nature » les canidés domestiques tueraient les frêles et les faibles. Ces idées fausses conduisent à de graves défauts dans sa méthodologie.

L’ANALOGIE AVEC LA MEUTE DE CESAR MILLAN

La croyance selon laquelle les chiens sont motivés par le besoin de faire partie d’une meute stable hiérarchiquement est centrale dans la philosophie de Cesar Millan (et surtout dans son utilisation de savoir erroné). Il affirme que « la meute d’un chien est sa force de vie. L’instinct de meute est dans son instinct primitif. Sa position dans la meute est son moi, son identité. La meute est de la plus haute importance pour un chien parce que si quelque chose menace l’harmonie de la meute, elle menace l’harmonie individuelle de chaque chien ».

Cesar Millan suggère que bien que les chiens ne soient pas des loups, on peut en apprendre beaucoup en observant ces ancêtres canins. Cependant il ne fait jamais la distinction entre les deux dans sa théorie de la « meute » et il utilise des exemples de comportements de loups (souvent inexacts) comme analogies directes du comportement des canidés domestiques. Il croit qu’en prenant lui-même le rôle du « chef de meute » ou « alpha », « leurs instincts les plus profonds et les plus primitifs vont les pousser à le suivre.. lui obéir, et à coopérer entre eux ». Malheureusement il y a de nombreux problèmes inhérents à la théorie de la meute de Cesar Millan, au premier rang desquels la théorie de la dominance de la meute de loups qui n’est pas biologiquement correcte. Elle a été créée par un scientifique nazi comme moyen de justifier leurs campagnes d’eugénisme dans les années 1930 et 1940.

Les recherches ont montré qu’en fait les loups ne vivent pas selon une hiérarchie basée sur la dominance comme Cesar Millan et beaucoup d’autres aiment à le croire. La croyance selon laquelle les loups fonctionnent selon une hiérarchie de dominance remontent à l’ère victorienne. A cette époque les idées à propos du « droit du plus fort » étaient entretenues par des auteurs influents comme Nietzsche et Kipling, faisant souvent des analogies avec les prédateurs sauvages comme les loups. Les nazis ont coopté cette rhétorique de « l’homme prédateur » et les références de Nietzsche à une « bête blonde teutonique » qui inspirait la terreur. A cette époque, Konrad Lorenz, financé par le parti nazi, tente de justifier les mesures eugénistes dans les populations humaines en comparant la génétique et le comportement des espèces sauvages et domestiques d’animaux, en particulier les canidés. Il a basé ses travaux principalement sur la comparaison par Nietzsche de la civilisation humaine avec la domestication des animaux. Après la fin de la période nazie, les théories de comportement du loup et celles des autres canidés sauvages prônées par Lorenz dans son livre « Il parlait avec les mammifères, les oiseaux et les poissons » présentaient d’importantes similitudes avec l’idéologie nazie : les loups sont perçus comme forts et ayant de l’envergure, dévoués à la meute et désireux de la défendre jusqu’à la mort. Par opposition les chacals et leurs descendants métaphoriques sémites, bien qu’intelligents, manquent d’obéissance et de la loyauté au groupe qui fait des loups des êtres suprêmes. Les hommes projettent notoirement leurs propres structures sociales sur les animaux qu’ils étudient, et en utilisant les loups comme métaphore pour les idéaux nazis, Konrad Lorenz projette la structure nazie de rigidité hiérarchique absolue sur les meutes de loups. Exactement comme la structure nazie qu’il adorait Konrad Lorenz décide que les loups fonctionnent selon une structure nettement hiérarchique, dans laquelle chaque loup occupe une place précise, soumis à ceux au dessus de lui, impitoyable avec ceux en dessous de lui. Parce qu’il est considéré comme l’un des fondateurs de l’éthologie moderne, beaucoup des travaux de Konrad Lorenz ont été acceptés comme des faits établis pendant des années. Comme il a obtenu le prix Nobel pour ses travaux, les origines de sa doctrine n’ont jamais vraiment été remises en cause avant sa mort. C’est l’origine du mythe moderne des meutes de loups structurées par la dominance.

LA COMPREHENSION MODERNE DE LA STRUCTURE DES MEUTES DE LOUPS

Aujourd’hui la communauté scientifique a clairement établi que la théorie de Lorenz sur la structure d’une meute de loups est complètement erronée. Lorsqu’ils sont forcés par la captivité à vivre avec des loups non apparentés, une hiérarchie de dominance se forme parmi les individus pour maintenir la discipline, comme avec n’importe quel groupe d’individus non apparentés que l’on force à une proximité non naturelle. Mais grâce à David Mech, nous savons que dans la nature, les meutes de loups sont simplement des unités familiales nucléaires, menées par un couple reproducteur et comprenant plusieurs générations de petits. Quand les petits grandissent et atteignent la maturité sexuelle ils se dispersent, trouvent un partenaire et créent leur propre meute. Au sein d’une meute la hiérarchie est souvent non rigide entre les individus, elle est plus liée aux personnalités individuelles qu’à une sorte de besoin de violence de dominance dans la meute. L’idée de Lorenz d’une structure sociale rigide et violente n’a été observée nulle part. Les loups solitaires existent, mais pas parce qu’ils sont bannis ou martyrs,  ces cas surviennent par exemple lorsque il n’y a pas assez de proies dans une zone donnée pour subvenir aux besoins d’un groupe plus nombreux ou lorsque le loup n’a pas encore trouvé de partenaire. Les loups agressifs sont réprimandés et socialisés par le groupe, pas bannis. Les loups vivant ensemble dans la nature constituent des unités familiales soudées, au sein desquelles les étrangers sont très rarement admis. Au sein du groupe plus large des canidae, la définition d’une meute est une unité familiale nucléaire qui chasse et défend un territoire ensemble.

Ainsi dans la nature les meutes de loups ne se comportent en aucune manière comme la « structure de meute » dont Cesar Millan soutient l’existence chez les chiens. Il n’y a pas de « chef de meute » dominant, ce qui s’en approche le plus est le couple de loups le plus âgé, qui sont généralement les parents des autres loups de la meute. Ils conduisent la meute par l’exemple et par l’expérience, pas en dominant physiquement leur progéniture. En professant que « dans une meute, il n’y a que deux rôles : le rôle du chef et le rôle du suiveur » Cesar Millan ignore complètement le fait que les meutes de loups fonctionnent selon une dynamique familiale. Il explique aux propriétaires que les chiens ont une mentalité de meute inébranlable et écrit que « si vous ne revendiquez pas le leadership sur votre chien, votre chien va chercher à compenser en montrant un comportement dominant ou instable ». Ceci conduit à la création de nombreuses situations dangereuses : le chien qui ne montre pas de comportement agressif va être mal compris par son propriétaire et le véritable problème du chien sera ignoré, ou encore un propriétaire va essayer de dominer un chien montrant un comportement agressif. Dans les deux cas ce sont des moyens parfaits pour que le propriétaire et le chien soient blessés, uniquement parce que Cesar Millan a donné une image déformée de la situation et de la solution.

AUTRES PROBLEMES AVEC LES IDEES ET LES METHODES DE CESAR MILLAN

Il y a une erreur cruciale dans la pensée de Cesar Millan qui est encore plus importante que les inexactitudes scientifiques sur les loups : il ignore complètement les recherches récentes qui montrent que le chien domestique n’est pas un animal de meute. Il ne peut pas « commander la meute comme un loup alpha » parce que chez les chiens domestiques il n’existe aucun rôle de ce genre. En ville les chiens errants passent la majeure partie de leur temps à errer seuls ou avec un seul autre chien. Les groupes de plus de trois chiens sont rares, et lorsqu’ils existent, ce ne sont pas des « meutes » parce que ce sont des regroupements fluctuants d’individus plutôt que des unités familiales stables. Ces regroupements de chiens consistent en des rassemblements temporaires d’animaux essentiellement solitaires qui ne retirent pas de bénéfice d’une vie en groupe. Dans la mesure où les principaux dangers pour les chiens errants sont les voitures et les empoisonnements, il n’y a pas d’avantage reproductif à vivre en groupe, que ce soit pour protéger les chiots ou pour chasser de la nourriture. En fait les chiens domestiques sont notoirement mauvais à la chasse : des centaines d’années d’influence humaine les ont déconnectés de la séquence comportementale d’un vrai chasseur. Les chiens domestiques devenus sauvages survivent en étant charognards, pas chasseurs. C’est ce qui est le plus économique pour un chien sauvage : contrairement aux loups un chien n’a pas besoin de parcourir des kilomètres pour trouver de la nourriture. En fait les chiens errants n’ont presque pas à fureter : le fait de vivre près des hommes leur fournit suffisamment de nourriture pour qu’ils puissent passer 80 % de la journée à jouer, dormir ou à paresser. La science a montré que les chiens domestiques ne se comportent pas comme des loups et ne fonctionnent pas selon le même continuum social que les loups, il est donc absurde que Cesar Millan ait construit toute une théorie sur l’hypothèse erronée que les chiens sont semblables aux loups. Sa perception selon laquelle « dans la nature les chiens ont une capacité naturelle à être des chiens, à vivre dans une meute stable, équilibrée » est simplement inexacte.

Beaucoup d’autres affirmations de Cesar Millan sont également incorrectes. Il professe que les propriétaires devraient toujours manger avant leurs chiens, parce que le meneur alpha d’une meute devrait toujours manger le premier et la plus grande part ; après tout, dit-il, quand les loups tuent un cerf le chef de meute prend le plus gros morceau et les loups les plus soumis mangent en dernier. C’est incorrect : il a été démontré que dans la nature les loups qui attrapent une grosse proie la mangent simultanément. Les petites proies sont généralement dévorées par celui qui a capturé la proie. Les chiens domestiques sont des glaneurs et des charognards plus que des chasseurs et comme ils sont généralement seuls, ils mangent tout ce qu’ils trouvent. Parce qu’il croit que les chiens chassent comme les loups, Cesar Millan prétend que les chiens doivent agir de la même manière pour satisfaire leur « raison d’être ». Comme « le besoin de chasser… est inscrit dans les gènes des loups » il est « naturel pour eux de s’attendre à produire un effort pour se nourrir ». Toutefois dans leur habitat naturel les chiens errants ne font presque aucun effort pour se nourrir et passent le plus clair de leur temps à paresser. Il est donc inutile d’obliger les propriétaires à manger avant leur chien : la supposée hiérarchie que cela crée n’existe dans aucun groupe social de canidé.

C’est encore plus flagrant avec d’autres affirmations qui sont complètement dénuées de base factuelle. Il prétend par exemple que les pitbulls ont été élevées pour combattre les taureaux (taureau se dit bull en anglais), alors qu’en réalité le terme « pit bull » a été utilisé pour désigner tout chien utilisé pour les combats dans des fosses (pit signifie fosse ou trou en anglais). Cesar Millan semble croire que tous les chiens sont aussi impitoyables que les humains et dit que les « chiens n’ont pas de sympathie pour les frêles et les faibles. Ils les attaquent et les exécutent ». Des erreurs factuelles aussi flagrantes mettent sérieusement en question la crédibilité déjà mince de Cesar Millan.

Evolution du chien domestique

Cesar Millan affirme que « la nature a conçu les chiens dans un but précis, et que ce désir inné ne disparait pas lorsque nous les accueillons dans nos logis ». Cependant, dans cette affirmation et dans beaucoup d’autres, il semble oublier que c’est l’interaction avec les hommes, et pas la sélection naturelle, qui a créé le chien domestique. Dans ses deux livres, Cesar Millan soutient que son but est « d’aider les chiens à obtenir à la fois la structure et l’activité physique intense qui aideront les chiens à atteindre le genre d’équilibre qu’ils auraient s’ils vivaient naturellement, dans un monde sans influence humaine ». Ce monde dans lequel le chien domestique pourrait vivre sans influence humaine n’existe tout simplement pas.

Les hommes et le chien domestique ont co-évolué depuis des milliers d’années. La théorie originale était que les proto-humains ont décidé que les loups pourraient leur être utiles, ont volé plusieurs louveteaux, et les ont élevés. Ils auraient ensuite reproduit entre eux les individus les mieux domestiqués, pour finalement obtenir le chien moderne. Cependant en y regardant de plus près cette théorie ne tient pas.

Même s’il n’est pas déraisonnable de penser que les premiers hommes ont peut-être capturé des louveteaux et essayé de les éduquer, domestiquer un loup est extrêmement difficile et l’adulte obtenu resterait difficile à gérer. Les premiers hommes étaient des migrants, et ils ne seraient pas restés suffisamment longtemps dans une région particulière pour influencer la génétique de la population de loups locale  même s’ils avaient exerçé un semblant de contrôle sur la reproduction des loups. Il est beaucoup plus probable que certains loups aient « choisi » de s’auto-domestiquer. Lorsque les hommes ont commencé à créer des campements temporaires au lieu de se déplacer constamment, les déchets ont commencé à s’accumuler. Les populations de loups des alentours qui étaient les moins craintives de l’homme auraient ainsi appris à garder leurs forces en accédant à de la nourriture facile à trouver. A ce stade, la sélection naturelle aurait pris le relais et ces loups moins craintifs auraient commencé à se différencier de ceux restés complètement sauvages. Dans la durée une forme domestiquée de loup se serait développée. Durant ce processus, il est probable que les hommes ont constaté l’intérêt réciproque d’avoir ces prédateurs autour du camp. Le camp était plus propre, avec moins de nuisibles et moins de maladies, et la présence des proto-chiens aurait éloigné les autres prédateurs.

Finalement les hommes auraient remarqué qu’ils pouvaient influencer le tempérament de ces créatures avec lesquelles ils vivaient, et qu’ils pouvaient peut-être même les utiliser, et ils ont commencé à intervenir sur le processus de reproduction, ce qui a conduit à la créature que l’on connait de nos jours, le chien domestique. Sans la présence des hommes et de leurs déchets, les loups n’auraient jamais eu l’opportunité d’évoluer en chiens. L’habitat « naturel » d’un chien domestique se situe partout où le genre humain est implanté : dans les villes, les villages et les maisons. Un chien domestique ne peut pas retourner vers ses racines d’un monde sans humains car il n’a jamais existé. Cesar Millan défend l’idée romantique de la domestication parce qu’elle est séduisante pour le profane, mais cette idée n’a aucune base factuelle.

L’immersion et la punition positive

Lorsque L’homme qui parle aux chiens a été diffusé pour la première fois le 13 septembre 2004 (aux Etats-Unis), il l’a été malgré les protestations véhémentes de vétérinaires, d’éducateurs, de comportementalistes et d’autres experts qui avaient pu évaluer l’émission avant sa diffusion publique. Tous ceux qui se sont prononcés contre les méthodes de Cesar Millan savaient que ses théories s’appuyaient sur des connaissances obsolètes, et que les solutions éducatives qu’il prônait créaient ou augmentaient notoirement les comportements agressifs. Ses principales techniques sont l’immersion et la punition positive : elles sont toutes deux déplaisantes et souvent traumatisantes. Ces techniques vont directement à l’encontre de toutes les recommandations des éducateurs canins professionnels, pour qui les techniques moins invasives (c’est à dire sans douleur ni force) doivent être testées et tentées par des personnes compétentes avant que des techniques plus invasives ne soient employées.

L’immersion est une exposition à quelque chose qui provoque un stimulus (agression ou peur) jusqu’à ce que l’animal cesse complètement de réagir. Dans un épisode de L’homme qui parle aux chiens, Cesar Millan tire un Dogue Allemand terrifié par les sols brillants sur une surface dont il avait peur en utilisant un collier étrangleur, « l’immergeant » dans le stimulus. Le chien était extrêmement stressé, comme en témoignent sa bave excessive et son attitude corporelle. Le chien s’est effondré de peur et a fini par arrêter de se battre : le résultat d’un phénomène connu sous le nom de « détresse acquise », qui survient lorsqu’un animal exposé de manière répétée à un stimulus négatif apprend qu’il n’y a pas d’échappatoire. Que l’animal soit guéri ou pas, l’immerger lui fait subir des niveaux de stress considérables avec un risque énorme de traumatiser l’animal. Cela a toujours été considéré comme une méthode cruelle, qu’elle soit utilisée sur les hommes ou sur les animaux. Certains chiens peuvent devenir tellement traumatisés par l’immersion qu’ils deviennent agressifs et dangereux à gérer pour une personne ordinaire.

Également associée à un risque d’agression, la punition positive est l’application d’un stimulus déplaisant comme conséquence d’un comportement, et c’est une méthode qui est généralement considérée comme totalement inappropriée pour aborder un problème d’agression ou d’anxiété. La punition positive atténue les symptômes du problème mais n’élimine pas la cause du comportement. Dans un autre épisode controversé de L’homme qui parle aux chiens, un Rottweiler est puni par des coups de pieds pour avoir « montré de l’agressivité » en promenade ; dans la lutte qui a suivi la personne qui tenait le chien a été mordue plus d’une fois et le chien a été puni pour avoir mordu en étant presque étouffé.



Ces deux techniques ne sont pas seulement néfastes pour les animaux concernés, elles sont également extrêmement dangereuses pour la personne qui les pratique. Tout animal effrayé ou mis de force dans un état agressif est plus enclin à mordre. Dans son émission de télévision, Cesar Millan se fait mordre régulièrement par les chiens avec lesquels il travaille et il en est fier. Alexandra Semyonova, l’une des nombreuses comportementalistes qui s’est élevée publiquement contre Cesar Millan, attribue cela à ce qu’elle appelle le « syndrome du dompteur de lion ». « Nous sommes des milliers à travailler avec des chiens « agressifs » tous les jours sans nous faire mordre », dit-elle :

Ce n’est pas parce que nous intimidons ou que nous terrorisons les chiens encore mieux que Mr Millan, mais parce que nous les comprenons… si Mr Millan s’inquiète que les chiens ne deviennent pas agressifs, ce qu’il fait les rend pourtant ainsi. Le chien doit être agressif, et plus il est agressif, plus grande est l’autorité que doit avoir l’éducateur… Le Syndrome du Dompteur de Lion n’a rien à voir, jamais, avec la compétence en éducation animale. Cela tient plus du concours entre humains pour savoir lequel pissera le plus loin. Et généralement plus un humain s’engage dans cette voie, moins il/elle connait vraiment les animaux concernés.

C’est attesté par un avertissement au début de chaque émission rappelant que les propriétaires ne doivent pas tester ses techniques chez eux. Beaucoup de professionnels qui se sont prononcés contre Cesar Millan soulignent que, au delà des aspects scientifiques infondés, une émission d’éducation canine considérant que ses méthodes sont tellement dangereuses qu’elles nécessitent un avertissement ne devrait pas être diffusée.

          La même approche pour tous

Encore plus inquiétant que ces techniques spécifiques, Cesar Millan a la même approche dans tous les cas. Pour Cesar Millan, tous les problèmes comportementaux sont liés à la dominance et à la hiérarchie de la meute, ce qui ne prend pas en compte le véritable état mental du chien. Peu importe que le chien soit craintif, anxieux, excité, ou qu’il ait des graves problèmes psychologiques, Cesar Millan diagnostique un problème de dominance. Même un cas aussi simple qu’un chien excité qui accueille son propriétaire en sautant est diagnostiqué comme un comportement dominant et Cesar Millan recommande de résoudre le problème en marchant sur les pattes du chien, en le jetant au sol et en le retournant en posture de soumission et en le maintenant ainsi. Ce genre « d’éducation » peut conduire à davantage de problèmes comportementaux : le chien va arrêter de sauter, mais il va également rapidement devenir effrayé par la violence apparemment « aléatoire » de son propriétaire. Les équipes vétérinaires affirment qu’elles peuvent toujours dire quand les chiens qui arrivent ont suivi une éducation basée sur la dominance, parce que le résultat est qu’ils sont souvent très craintifs et agressifs envers les personnes.

Les chiens avec de véritables problèmes mentaux le paient encore plus cher. Dans un autre épisode de L’homme qui parle aux chiens, Cesar Millan traite le cas d’un Bouvier Suisse atteint de troubles compulsifs avec un collier à pointes, donnant des « coups de sonnette » à chaque fois que le chien commence à avoir un comportement compulsif. Le Dr Andrew Luesche, directeur de la Clinique de Comportement Animal de l’université Purdue, compare cela à la maltraitance d’un enfant qui montrerait des maniérismes moteurs stéréotypés. « La méthode utilisée par Millan pour traiter ce problème reviendrait à frapper cet enfant sévèrement perturbé à chaque fois qu’il se met à se dandiner. Je parie que vous pourriez supprimer le dandinement, mais personne ne prétendrait certainement que cet enfant a été guéri ». C’est particulièrement dérangeant parce que les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) sont connus pour être liés à un déséquilibre neurochimique, et sont donc indéniablement une pathologie médicale. Pourtant Cesar Millan préconise la punition pour contrôler le comportement. Le Dr Rachel Casey, qui enseigne le comportement et le bien-être des animaux de compagnie à l’université de Bristol, considère que la supposition générale selon laquelle chaque chien est « motivé par un désir inné de contrôler les gens et les autres chiens » est ridicule. Aucun des chiens dans les exemples qui précèdent n’a montré de signes de dominance : tous avaient des raisons légitimes pour ces comportements anormaux et elles ont été complètement ignorées par Cesar Millan. Beaucoup d’éducateurs considèrent que ses raisonnements et ses techniques sont « obsolètes, inutilement sévères, souvent cruelles, et dangereuses ».  Ceux qui avaient appris à utiliser les mêmes techniques disent que lorsque la science leur a démontré qu’elles étaient inefficaces et cruelles, ils ont rapidement changé de philosophie et ont de bien meilleurs résultats depuis.



RESUME / CONCLUSION / CONCLUSIONS PROFESSIONNELLES A PROPOS DE CESAR MILLAN

Dans son évaluation, soumise à National Geographic avant que de L’homme qui parle aux chiens ne soit diffusée, le Dr. Andrew Luescher a déclaré que l’émission « causerait un embarras majeur… car mes collègues et moi et d’innombrables leaders parmi la communauté des éducateurs canins ont travaillé pendant des décennies maintenant pour éliminer ces techniques cruelles, inefficaces (dans le sens d’une vraie guérison) et inappropriées ». Dans sa critique de l’émission, le directeur de l’Académie des Educateurs Canins de San Francisco va plus loin, déclarant que c’est « un grand retour en arrière pour une profession qui a fait de grands progrès en matière de professionnalisme, de sophistication technique et de standards humains ». Régression à quel point ? Au moins vingt ans en arrière, selon la lettre écrite à National Geographic par le Dr. Nicholas Dodman. Des protestations contre les méthodes de Cesar Millan ont été émises par l’ensemble de la communauté scientifique. Ses méthodes sont obsolètes, dangereuses, et dépourvues de base scientifique. Non seulement Cesar Millan maltraite lui-même les animaux, mais il perpétue un savoir scientifique inexact dans les médias grand public, entrainant la maltraitance de milliers d’autres animaux. Une toute petite recherche permettrait aux profanes de bien comprendre que les chiens ne sont pas des loups, et qu’ils ne fonctionnent en rien selon la hiérarchie centrée sur la dominance que Cesar Millan soutient comme fondement de ses théories. Bien que distrayant et charismatique, L’homme qui parle aux chiens est le pire qui soit arrivé aux chiens domestiques au cours de ces dernières années.

Texte en anglais republié par Yodogcast, traduction française par Carlotine Leicht pour ChienMatin.com.

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   Semonyova, A. (2009). The 100 silliest things people say about dogs. (pp. 70). London, England: Hastings Press.
   Semyonova, A. (n.d.). Beyond cesar millan; alexandra semyonova. Consulté sur http://beyondcesarmillan.weebly.com/alexandra-semyonova.html
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